Published 10 Dec 2009

Foofwa press - english

L'héritage de Cunningham

La Liberté

By Elizabeth Haas

« Genève • Le danseur Foofwa d'Imobilité rend hommage au grand chorégraphe, pour qu'il a dansé durant sept ans.

Les 17 et 18 décembre, à Genève, le danseur et chorégraphe genevois Foofwa d'Imobilité présentera son nouveau solo, "Musings" (rêveries). Commandée par l'Association pour la danse contemporaine de Genève, cette création s'inscrit dans le cadre de la Constellation Cunningham. Lui-même ancien danseur de la compagnie de Merce Cunningham, Foofwa d'Imobilité dansera en hommage au grand chorégraphe américain, décédé en juillet dernier.

Formé à I'Ecole de danse de Genève, celui qui s'appelait encore Frédéric Gafner a dansé trois saisons au Ballet de Stuttgart, puis durant sept ans, entre 1991 et 1998, au sein de la Merce Cunningham Dance Company, à New York, avant de mener ses propres expériences de chorégraphe. Lauréat 2006 du Prix suisse de la danse et de la chorégraphie, le plus important prix pour cette discipline dans notre pays, il s'est aussi fait un nom à 1'échelle internationale, jusqu'à New York, ou il à reçu cette année une bourse de la Foundation for Contemporary Arts: une sacrée reconnaissance.

Comment avez-vous construit "Musings"?
Foofwa d'imobilité: Le matériau de la pièce est une réflexion sur le travail de Merce Cunningham et, du coup, sur celui de John Cage. Et même sur le troisième collaborateur principal de Merce, en tout cas dans les premières années, Robert Rauschenberg, artiste visuel américain. La pièce devient un triple hommage à ces trois figures de I'art contemporain. Mais je me suis surtout concentré sur Merce: le matériau chorégraphique est en lien avec son travail.

La présentation de la pièce évoque un travail sur le hasard: vous pouvez préciser?
C'est un des aspects importants du travail de Merce et de John Cage. C'est la premi6re fois que j'ai décidé d'utfliser le hasard, de jouer aux dés pour certaines décisions chorégraphiques. J'ai aussi décidé de travailler sur le déséquilibre en lien avec l'idée du chaos, d'utiliser le déséquilibre pour ne pas savoir ou le corps sera à certains moments, pour qu'il arrive à un endroit imprévu. C'est une manière de travailler sur l'imprévisible qui faisait partie de la démarche de Merce. A chaque fois je suis parti d'un aspect du travail de Merce pour trouver une variation nouvelle, même si elle est intime.

Un exemple?
Cage. et Cunningham ont beaucoup travailé sur la séparation de la danse et de la musique. Je me suis demandé comment faire pour "ajouter" quelque chose à cette idée. J'ai trouvé une solution, en partant de cette idée de séparation. Il y a une composition musicale, qui na pas été écrite pour être calée. La chorégraphie a été faite séparément. Et les deux sont assemblés. Mais comme je chante la musique, que je danse en utilisant ma voix, la séparation de la danse et de la musique est unifiée par le corps. Je voulais trouver cette unification dans l'idée de séparation.

Est-ce que l'héritage de Cunningham n'est pas lourd, peut-on le dépasser?
J'ai bien senti, quand j'ai travaillé avec lui, que c'était déjà un mythe de la danse. Et sa technique façonne les corps. Mais ce qui m'a intéressé, après mon expérience très positive de danseur, c'était de l'étudier, de digérer son travail, pour me sentir plus libre de faire ce que je voulais. Pour moi, aujourd'hui, il est une référence qui me permet de me situer. C'est vrai qu'au début j'essayais de me démarquer, il était très présent dans me tête. Il y avait une mainmise de sa pensée et des réflexes de corps. Mais aujourd'hui ce n'est plus lourd. Au contraire, c'est un espace de liberté, où puiser certaines idées. »

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