percevoir son propre corps

 

comme si il était

 

en dehors

 

Benjamin de Bouillis 2005

Une pièce sur la capacité de percevoir son propre corps comme si l’on était en dehors de lui.

Ce qui suit est une conversation fictive fabriquée à partir de citations des articles écrits sur “Benjamin de Bouillis” par Alastair Macaulay dans le New York Times (June 30th 2008), Deborah Jowitt dans le Village Voice (July 15th 2008) and Tom Phillips, danceviewtimes.com (June 26th 2008)

A propos de Benjamin de Boullis

par Macaulay, Jowitt and Phillips

Deborah Jowitt:
“Benjamin de Bouillis (…) a été créé à Genève en 2005 et a reçu le Prix de la Danse Suisse 2006. La pièce est inspirée par les idées du neurologue Olaf Blanke—en particulier par la notion de ‘décorporation’, c’est-à-dire la capacité de percevoir son propre corps comme si il était en dehors de nous—soit à quelque distance—soit qu’il soit devenu étranger, transformé.”
“(…) D’Imobilité (…) regarde des images de lui-même. Debout sur place, il accumule une phrase de mouvements simples, réagissant soudain au son d’une brusque respiration dans le collage sonore d’Antoine Lengo, comme s’il avait senti la présence d’un autre invisible. Il s’examine dans le miroir, il marche, il fait un tour incroyablement long sur une jambe, il s’écrase les couilles. Le miroir, manœuvré par des mains invisibles, le suit partout.”

Alastair Macaulay:
“ (…) dans le solo “Benjamin de Bouillis,” Foofwa accomplit des prouesses avec une nonchalance qui révèle ainsi une maîtrise stupéfiante. On dirait qu’il n’a aucun besoin de transferer son poids d’un pied sur l’autre, impossible de le voir préparer ses équilibres. Il arrive simplement — parfois au milieu d’une phrase d’une extrème complexité — solide comme un roc, sur un pied, sans même un « voilà » pour nous faire savoir que les autres danseurs pourraient trouver ça difficile.”

Deborah Jowitt:
“Quelque mouvement ou pas de danse qu’il fasse, il est toujours en réflexion, toujours en train de vérifier lui-même et son double au miroir qui le surveille comme un portrait de famille au mur du salon.”

Alastair Macaulay:
“Plusieurs moments de “Benjamin de Bouillis” sont de virtuoses exercices de mime. Il démonte chacun de ses membres (avec les effets sonores qui conviennent), puis sa tête, les place sur son modèle invisible, qu’il fait alors danser — et qu’il regarde, avec attention. Ou bien il décolle une expression de son visage et en inscrit une autre : parfois l’intensité avec laquelle il s’acharne sur ses matériaux transforme son visage en un Francis Bacon.”

Tom Phillips:
“(…) Son Benjamin de Bouillis utilise la danse de la même manière que Joyce utilise le langage – comme une matière dont on fabrique l’illusion, un maëlstrom de signes et de symboles, ne montrant finalement que soi-même, ou rien du tout. C’est sublime.
“En tant qu’interprète, il est passionnant à regarder – élégamment ouvert dans les mouvements de ballet, à l’aise dans ses variantes Cunningham décentrées, précis et expressif dans le style français lorsqu’il se transforme en mime et en clown.”

Alastair Macaulay:
Foofwa touche aussi à la singularité de Marceau, et il contrôle parfaitement l’illusion qu’il produit, comme Marceau et les plus grands mimes. Lorsqu’il se frappe le crâne à deux mains, il n’y a pas d’illusion : on entend les coups.”

Tom Phillips:
“En tant que créateur, il éclaire la psychologie zen énigmatique de Cunningham – en traitant l’interprète humain non pas comme un réceptacle de sensations, mais comme une illusion qu’on bricole; un assemblage, pas une unité. Benjamin de Bouillis fabrique le même genre de deconstruction avec la danse contemporaine que “Finnegans Wake” avec le roman contemporain, et il obtient le même genre d’effet.

Deborah Jowitt:
“Un interprète sur scène devient automatiquement l’objet de notre attention. Dans Benjamin de Bouillis, d‘Imobilité offre quelque chose de subtilement différent : un interprète qui imagine qu’il se voit lui-même comme les autres le font — une prèsence visuelle et corporelle dont nous pouvons seulement essayer de deviner les sensations.”

Tom Phillips:
“Après avoir lu le travail de Joyce, il est difficile de voir les personnages de roman autrement que comme des bulles composées d’associations de mots. Après avoir vu Foofwa, il peut être difficile de voir la danse contemporaine traditionnelle autrement que comme une succession de postures vides.

Alastair Macaulay:
Mais Foofwa, même avec du matériau mineur, est le genre d’interprète pour qui j’appliquerais volontiers le mot “génie”. Comment fait-il ce qu’il fait ? Que vient-il de faire ? On regarde avec stupéfaction.

Photos / Videos

Photos : Gabriele Orlandi, Cedric Vincensini

Benjamin de Bouillis excerpt 1

Benjamin de Bouillis excerpt 2

Presse

A Master of Nonchalance in Control of His Illusion Foofwa

The New York Times by Alastair Macaulay
«[Foofwa] is a dancer of rare imagination. (…)
Foofwa even has touches of Marceau’s winsomeness, but he also has the complete control of illusion that equals Marceau or the greatest mimes. (…) [He] remains (…) the kind of performer to whom I tentatively apply the word « genius. » How does he do what he does? What was it he just did? You watch in stupefaction.»
> Read the complete article at the New York Times

Thus Spake Foofwa

Danceviewtimes – writers on dance
Subject: Benjamin de Bouillis de Foofwa d’Imobilite at the Baryshnikov Arts Center, New York: «[Foofwa d’Imobilité’s] « Benjamin de Bouillis » uses dance the same way Joyce uses language – as material for a grand illusion, a tour de force of signs and symbols, pointing ultimately at itself, or nothing at all. It’s brilliant. (…) As a performer he is a thrill to watch – elegantly turned-out in ballet moves, sure-footed in its off-center Cunningham variant, exact and expressive in the French style when he turns mime and clown. As a creator he unpacks Cunningham’s cryptic zen psychology – specifically treating the human performer not as an embodiment of character, but an illusion to be tinkered with; an assemblage, not a unity. « Benjamin de Bouillis » does the same kind of deconstruction job on modern dance that « Finnegans Wake » did to the modern novel, and it may have the same effect. After reading Joyce’s work, it’s hard to go back to seeing fictional characters as anything more than bubbles composed of word-associations. After seeing Foofwa, it may be hard to believe in traditional modern dance as anything but a succession of empty postures.» By Tom Phillips

Crédits

From a proposition by the cultural services of the city of Lancy (Geneva, Switzerland) and the work of Dr. Olaf Blanke on the phenomenon of “décorporation”
Concept, danse Foofwa d’Imobilité
Assistant artistique, Son Antoine Lengo
Production Neopost Foofwa
Manager Yann Aubert
Durée 45 min
Neopost Foofwa bénéficie d’un soutien conjoint de la Ville de Genève, de l’Etat de Genève et de Pro Helvetia.

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